© Le Temps, 17 janvier 2017
culture societe

Le programme, superbe, varie les climats.

"A l’inverse, le duo de voix Karine Deshayes et Delphine Haidan ne suscite aucune réserve. Le timbre un peu plus sombre de la seconde entre en résonance avec le splendide instrument de la première. Le programme, superbe, varie les climats, entre des lieder très harmonieux de Mendelssohn, le style plus complexe et tourmenté de Schumann (magnifique «In der Nacht») et la noirceur de Brahms («Von ewiger Liebe» chanté par Karine Deshayes, le duo «Im Meere»). L’accompagnement sensible et finement sculpté de Christian Chamorel ajoute au bonheur d’écouter ces deux voix très bien accordées dans des mélodies françaises, aux élans tour à tour capiteux et lyriques. »

© 24 heures; 15.01.2017
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Critique Le petit festival du Mont-sur-Lausanne révèle un merveilleux clarinettiste, Damien Bachmann. Matthieu Chenal

Le Mont Musical défriche les talents

En dehors des dates et des circuits habituels, Le Mont Musical cultive son jardin vocal et instrumental au Mont-sur-Lausanne durant un week-end de janvier. La manifestation intimiste et presque familiale voulue par Christian Chamorel s’est terminée hier. Elle a trouvé un public fidèle et suffisamment courageux pour affronter la neige et braver les bourrasques, comme vendredi pour le concert d’ouverture. L’aula du collège du Mottier ne brille pas par une acoustique particulièrement flatteuse, ce qui a pu nuire en début de soirée à la voix un peu métallique et au vibrato très serré de Lorène Paternò. La jeune soprano a fait heureusement preuve d’une diction exemplaire dans quelques mélodies françaises parfumées. Elle est l’une des lauréates de la Fondation Colette Mosetti, qui distribue des bourses d’études à des élèves des classes de chant des Hautes Ecoles de musique, et Le Mont Musical offre un tremplin généreux à ces jeunes pousses chantantes.

Plus essentiel, le Quatuor Ter­psycordes s’est produit d’abord en version trio avec Christian Chamorel au piano pour le Quatuor K. 478 de Mozart – rudesse ombrageuse de l’ouverture, tendresse maternelle de l’andante, prodigalité enjouée du final – puis en version complète et superbement enrichie par la clarinette de Damien Bachmann dans le Quintette K. 581 du même Mozart.

Une liberté prodigieuse

Le virtuose genevois né en 1991 avait sollicité les Terpsycordes il y a quelques années pour débuter dans ce fameux Quintette. Il atteint désormais une grâce, une aisance et une liberté prodigieuses, aidé par l’assurance tout en souplesse et en délicatesse de ses confrères.

Damien Bachmann joue le mouvement lent, et on dirait qu’il respire au lieu d’expirer, comme si ce chant n’était qu’inspiration, élévation, plénitude grisante mais sans artifice, sans facilité trompeuse. Il y a paradoxalement dans son phrasé si doux, à la limite même du souffle, une force de conviction qui emporte les esprits les plus engourdis. Reviennent alors en mémoire ces mots qu’Albert Camus écrivait sur Mozart en 1956: «Quand le monde fléchit autour de soi, quand les structures d’une civilisation vacillent, il est bon de revenir sur ce qui, dans l’Histoire, ne fléchit pas, mais au contraire redresse le courage, rassemble les séparés, pacifie sans meurtrir.» (24 heures) » Matthieu Chenal
© 24 heures; 06.01.2015
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culture societe » Matthieu Chenal

Christian Chamorel cultive les voix dans son festival intimiste

Classique - Pour le 5e Mont Musical, le pianiste vaudois fait la part belle à la mélodie avec Helmut Deutsch, Ekaterina Semenchuk et Marie-Claude Chappuis
«Helmut Deutsch a été mon professeur de Lied à Munich, il m’a fait découvrir et aimer l’art de la mélodie. Nous avons enfin la structure pour l’accueillir dignement. » Pianiste amoureux de la voix, Christian Chamorel attendait depuis longtemps ce «privilège exceptionnel» de pouvoir inviter à son festival du Mont Musical le pianiste autrichien, référence incontournable pour l’accompagnement des chanteurs. Au Mont-sur-Lausanne, la 5e édition du festival de mélodie et de musique de chambre reste intimiste, mais clairement ambitieuse dans sa portée artistique, et se déroule cette année pour la première fois sur quatre jours.
«Malgré ses 70 ans, Helmut Deutsch reste très actif, poursuit le pianiste vaudois, et il nous apporte son expérience incomparable. » De Hermann Prey jadis à Jonas Kaufmann aujourd’hui, Helmut Deutsch a été le partenaire des plus grandes voix, et il a enseigné toute sa vie l’accompagnement du Lied. Il donnera deux concerts, l’un vendredi avec Ekaterina Semenchuk et l’autre samedi avec Marie-Claude Chappuis. «C’est lui qui nous a proposé le choix d’Ekaterina Semenchuk, dans un récital entièrement consacré à la mélodie russe, détaille Christian Chamorel. La mezzo-soprano russe mène une carrière énorme sur la scène internationale, et sa grande voix dramatique n’aurait pas pu se déployer à sa juste valeur au Mont, d’où l’idée de délocaliser ce concert au Casino de Montbenon. »
La masterclass d’Helmut Deutsch, offerte dimanche matin aux jeunes chanteurs lauréats de la Fondation Colette Mosetti, se tiendra par contre à l’Aula du Mottier, au Mont. Tout comme le récital de Marie-Claude Chappuis. La mezzo-soprano fribourgeoise interprétera avec le Viennois des mélodies de Mozart et les rares 5 Lieder op. 40 de Schumann. «J’ai beaucoup d’admiration pour cette chanteuse, avoue Christian Chamorel, une des rares cantatrices suisses à s’exporter avec bonheur. Sa sensibilité à fleur de peau apporte ce contact pur et immédiat avec le public que nous recherchons au Mont Musical. »
Christian Chamorel apporte cette année une autre innovation: «Il était temps de mettre les vents à l’honneur, ce sont les instruments lyriques par excellence. La partie instrumentale de la programmation y sera donc consacrée et défendue par des solistes issus des grands orchestres suisses. » Matthieu Chenal